Sommaire des points saillants sur le cancer du rein de l’ESMO 2018

29 octobre 2018

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Source: International Kidney Cancer Coalition
Note – Ce rapport sommaire a été rédigé par des défenseurs des droits des patients, au bénéfice d’associations de patients qui se consacrent au cancer du rein. Il a été approuvé sur le plan médical, mais les informations qu’il contient proviennent de données publiques communiquées lors du congrès et il ne prétend nullement être exhaustif. Les patients sont invités à consulter leur médecin pour toute question concernant leur santé et leurs soins individuels.

Sommaire des points saillants sur le cancer du rein de l’ESMO 2018

Plus de 26 000 participants ont assisté au congrès annuel de l’ESMO (European Society for Medical Oncology) qui s’est déroulé à Munich, du 19 au 23 octobre. L’International Kidney Cancer Coalition (IKCC) y a tenu un kiosque afin d’assurer une plus grande visibilité au cancer du rein et a assisté aux conférences médicales ainsi qu’aux rencontres entre les différentes associations de défense des droits des patients. 

JAVELIN RENAL 101 (axitinib+avélumab versus sunitinib dans le traitement de première intention du carcinome rénal métastatique)

Sans aucun doute, la présentation sur le cancer du rein qui a le plus fait parler d’elle lors de l’ESMO 2018 a été l’étude JAVELIN 101. Cet essai clinique de grande envergure étudie une combinaison d’avélumab, un agent immuno‑oncologique (IO) qui bloque la PD‑L1, et d’axitinib, un agent inhibiteur de la tyrosine kinase (TKI) qui bloque l’alimentation des vaisseaux sanguins, en comparaison avec le sunitinib, l’incontournable agent TKI. 

Le message à retenir est que cette combinaison a retardé de 13,8 mois une nouvelle croissance de la tumeur chez les patients du groupe ayant reçu la combinaison avélumab+axitinib, en comparaison d’un délai de 8,4 mois pour le sunitinib. Quant au taux de réponse, il a été de 51 % chez les patients ayant reçu la combinaison avélumab+axitinib, en comparaison d’un taux de 26 % chez les patients ayant reçu le sunitinib. Toutefois, la disparition complète de la maladie (réponse complète) n’a été observée que chez 3 % des patients ayant reçu la combinaison avélumab+axitinib, en comparaison de 2 % chez les patients ayant reçu le sunitinib. En outre, pour le moment, on n’observe pas d’augmentation de la survie globale chez les patients du groupe avélumab+axitinib, mais les données de l’étude ne sont pas encore suffisamment complètes et seul le temps pourra confirmer l’existence d’un tel avantage de survie.

En ce qui concerne la toxicité, la bonne nouvelle est qu’un assez faible pourcentage du groupe de patients ayant reçu la combinaison avélumab+axitinib a souffert de toxicités de nature immuno‑oncologique et seulement 11 % d’entre eux ont dû recevoir un traitement aux stéroïdes pour contrer ces toxicités. Par contre, plus de 10 % des patients ont eu une réaction liée à la perfusion (une réaction à court terme s’apparentant à une allergie et fort différente des toxicités de type IO, qui sont plus graves); il s’agit d’une incidence beaucoup plus élevée que pour des agents tels que le nivolumab (Opdivo) ou le pembrolizumab (Keytruda). 

Pour la communauté de patients, cela constitue un résultat précoce et il faudra sans doute davantage de temps pour en arriver à constater d’autres cas de réponse complète ou un avantage sur le plan de la survie. La combinaison ipililumab+nivolumab, plus toxique, présente un taux de disparition complète de la maladie plus élevé, ainsi qu’une supériorité sur le plan de la survie globale. Le principal avantage de la combinaison avélumab+axitinib sur celle de l’ipililumab+nivolumab est que sa capacité à retarder la progression et à déclencher une réponse peut s’observer chez les patients de toutes les catégories de risque (faible, intermédiaire et élevé), tandis que la combinaison ipililumab+nivolumab est surtout efficace pour les groupes de patients à risque intermédiaire ou élevé. 

Les défenseurs des droits des patients doivent porter une grande attention à l’efficacité des thérapies dites de combinaison. Augmentent-elles vraiment les taux de guérison ou ne font-elles que retarder la progression? La question est importante, dans la mesure où si elles ne font que retarder la progression, un résultat équivalent pourra être obtenu en administrant les médicaments en séquence (l’un après l’autre), plutôt qu’en combinaison, de manière à diminuer la toxicité ainsi que le coût des traitements. 

Pour de plus amples informations, cliquez ici : JAVELIN RENAL 101 - résultats (en anglais).

ATLAS – Essai clinique dans le cadre adjuvant 

L’étude ATLAS a examiné l’axitinib, en comparaison avec un placebo, dans le but d’améliorer le taux de guérison des patients atteints d’un carcinome rénal localisé, dont la tumeur a été retirée chirurgicalement et qui sont considérés à risque élevé. La durée maximale d’administration du traitement a été de trois ans. L’essai clinique n’a démontré aucun bénéfice sur le plan de la survie sans progression (le temps écoulé avant que le cancer ne récidive) chez les patients qui ont reçu l’axitinib après la chirurgie. Cette étude s’inscrit dans une série ininterrompue d’essais cliniques qui ont échoué à démontrer des bénéfices associés à l’administration de TKIs dans un contexte de prévention, à la suite de l’ablation chirurgicale de la tumeur primaire des patients qui ne présentent pas de signes clairs d’invasion métastatique mais dont le cancer est estimé à haut risque de récidive.

L’étude S‑TRAC sur le sunitinib est la seule à avoir démontré un retard de la récidive, ce qui a donné lieu à une recommandation d’utilisation mitigée du National Comprehensive Cancer Network (NCCN) aux États‑Unis. L’Agence européenne des médicaments (EMA) a quant à elle fait une recommandation négative pour l’utilisation de l’axitinib dans un contexte adjuvant. La recherche se poursuit, en vue de découvrir des traitements adjuvants (préventifs) efficaces.

Pour de plus amples informations, cliquez ici : ATLAS contexte adjuvant (en anglais).

IMmotion 151 – Essai clinique sur les biomarqueurs 

La recherche se poursuit pour découvrir des biomarqueurs qui permettraient aux patients atteints d’un cancer du rein d’accéder à la médecine personnalisée ou « de précision », qui permet de déterminer le bon traitement pour le bon patient. Cette étude a confirmé l’existence d’un ARN spécifique, l’acide ribonucléique dit « messager » (ARNm), qui transforme des informations contenues dans l’ADN en « usines » de protéines dans les cellules. L’empreinte de l’ARNm permet de classer les tumeurs rénales en sous‑catégories : celles riches en vaisseaux sanguins (angiogéniques) et celles riches en présence immunitaire. L’ARNm aide ainsi à déterminer qui sont les patients les plus susceptibles de tirer profit d’un traitement TKI (qui bloque l’alimentation des vaisseaux sanguins) et qui sont ceux qui profiteront mieux d’un traitement IO (ou d’une combinaison de traitements TKI et IO).

Ce travail a été réalisé sur la base des données tirées de l’étude IMmotion 151 qui comparait une combinaison d’atézolizumab (un agent IO) et de bévacizumab (un agent qui bloque l’alimentation des vaisseaux sanguins), avec le sunitinib, un TKI. Cette étude s’est fondée sur les travaux menés précédemment dans le cadre de l’essai clinique IMmotion 150 qui avait étudié des régimes de traitement similaires.  

Pour de plus amples informations, cliquez ici : IMmotion 151 (en anglais).

Du point de vue des patients, cette étude démontre la possibilité qu’on puisse bientôt déterminer la meilleure thérapie pour un patient en particulier. En outre, elle aide à comprendre pourquoi certains traitements sont inefficaces pour certains patients. Bien qu’elles ne constituent pas encore une découverte de premier plan, les données générées par cette étude permettent d’espérer que les patients atteints d’un cancer du rein sont à la veille d’accéder à une approche plus personnalisée dans le cadre de leurs traitements. 

Comment protéger les patients contre la pseudoscience  

Parmi les conférences qui s’adressaient aux défenseurs des droits des patients, celle de Gilliosa Spurrier, du Melanoma Patient Network Europe, abordait la présence de « fausses nouvelles » ou de pseudoscience sur les forums de patients en ligne. Elle a suggéré que les associations de patients étaient les mieux placés pour enseigner à ces derniers la façon de repérer les faussetés ainsi que la manière de discuter des éléments de preuve avec leur équipe médicale. Elle a abordé de grands thèmes comme la collaboration, l’ouverture et la prise de décisions communes, tous garants d’une meilleure qualité de soins, d’une satisfaction accrue et de meilleurs résultats globaux.

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